Publié le 4 octobre 2026

Dans cet article, deuxième d’une série consacrée à la lecture de Mt 24-25 mais pouvant être abordé indépendamment, Olivier Robin s’attache à lire en vis-à-vis les deux scènes qui structurent le texte : d’une part les deux premiers versets (24,1-2), où Jésus sort du Temple accompagné de ses disciples ; d’autre part le reste du passage (24,3-25,46), où Jésus enseigne à ses disciples sur le Mont des Oliviers. Le contraste entre ces deux scènes lui permet de dégager ceci de fondamental : des conditions d’émergence de la Parole de vie.
Dans la seconde partie de l’article, l’auteur fait résonner ces découvertes avec la façon dont les adolescents, qu’il accompagne dans un cadre professionnel, cherchent et risquent une parole qui leur est propre, une parole par et dans laquelle ils adviennent.
Bien sûr, ce qui est pertinent ici pour les adolescents pourrait bien l’être aussi pour les adultes… et pour les lecteurs que nous sommes.

L'auteur

  • Olivier Robin

    Olivier ROBIN, né en 1962, est Salésien de Don Bosco, prêtre. En 2005, il a intégré l’équipe de recherche du CADIR, dont il a été le responsable scientifique de 2018 à 2025. Il a enseigné huit ans à la Faculté de lettres de l’Université Catholique de Lyon. Il accompagne depuis une vingtaine d’années divers groupes de lecture sémiotique. Actuellement basé en Belgique, il travaille auprès de nombreux groupes de jeunes dans le cadre de « Séjours Citoyens », soutenus par la Fédération de Wallonie-Bruxelles. Il accompagne également des équipes professionnelles ou bénévoles dans le champ du travail éducatif et social. Avec passion, il établit ainsi des passerelles entre la lecture sémiotique des évangiles et les pratiques d’animation, d’éducation et d’accompagnement qui sont les siennes.

Cet article est téléchargeable en pdf.

L'ensemble de la série d'articles et volumes sur Mt 24-25 est accessible ici.

Introduction

Dans le numéro précédent de Sémiotique et Bible a été entamée une véritable aventure de lecture : l'exploration des fameux chapitres 24 et 25 de l'Évangile selon Matthieu, texte rugueux aux accents à la fois apocalyptiques et paraboliques. En guise de mise en route, un premier article[1] a porté un regard panoramique sur l'ensemble 21-26 qui en constitue l'écrin. Ce deuxième article choisit de circonscrire le champ d'observation dans les limites précises de ces deux chapitres[2].

Dans un premier temps, le modèle du relief[3] prévoit de commencer par prêter attention à la dimension somatique du texte : en particulier tout ce que celui-ci figure autour du corps de Jésus et de ses postures. Or cette dimension somatique, textuellement très limitée, ne concerne que les tous premiers versets du chapitre 24. En effet, le regard du lecteur est d'emblée frappé par ce phénomène textuel peu fréquent dans les évangiles synoptiques : Mt 24-25 rapporte essentiellement une très longue parole de Jésus, un peu à la façon des également fameux chapitres 5 à 7 dans le même évangile de Matthieu[4]. Par conséquent, ces quelques éléments somatiques n'en prennent que davantage de relief et il vaut alors la peine de les explorer minutieusement. C’est ce que le présent article se propose d’entreprendre.

Le texte[5]

Mt 24-25

1a

Et sortant Jésus hors/loin du Temple (Καὶ ἐξελθὼν ὁ Ἰησοῦς ἀπὸ τοῦ ἱεροῦ),

b

il routait, (ἐπορεύετο,)

c

et vinrent-auprès ses apprenants (καὶ προσῆλθον οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ)

d

pour lui montrer (ἐπιδεῖξαι αὐτῷ)

e

les bâtiments (Ost.)/constructions (Rad.) du Temple :
(τὰς οἰκοδομὰς τοῦ ἱεροῦ·)

2a

or lui, répondant, (ὁ δὲ ἀποκριθεὶς)

b

leur dit, (εἶπεν αὐτοῖς,)

c

« Ne regardez-vous pas (Οὐ βλέπετε)

d

tout cela ? (ταῦτα πάντα;)

e

Amen je vous dis, (ἀμὴν λέγω ὑμῖν,)

f

il ne sera pas laissé ici pierre sur pierre qui ne sera pas détruite. »
(οὐ μὴ ἀφεθῇ ὧδε λίθος ἐπὶ λίθον ὃς οὐ καταλυθήσεται.)


3a

Or, comme il était-assis sur le Mont des Oliviers
(Καθημένου δὲ αὐτοῦ ἐπὶ τοῦ Ὄρους τῶν Ἐλαιῶν)

b

les apprenants vinrent-auprès-de lui, à l'écart (en propre, en particulier),
(προσῆλθον αὐτῷ οἱ μαθηταὶ κατí ἰδίαν)

c

disant : (λέγοντες,)

d

« Dis-nous (Εἰπὲ ἡμῖν)

e

quand cela sera, (πότε ταῦτα ἔσται,)

f

et quel (est) le signe de ta parousie
(καὶ τί τὸ σημεῖον τῆς σῆς παρουσίας)

g

et de la fin (consommation, Rad.) du monde (des âges) ? »
(καὶ συντελείας τοῦ αἰῶνος.)

4a

Et répondant Jésus (καὶ ἀποκριθεὶς ὁ Ἰησοῦς)

b

il leur dit : (εἶπεν αὐτοῖς,)

c

« Prenez garde (voyez à ce) (Βλέπετε)

d

que nul ne vous égare. (μή τις ὑμᾶς πλανήσῃ·)

[24,5 – 25,46] »

Deux utiles remarques de traduction permettront de démarrer en douceur. La première concerne le segment de texte 1b et le terme « ἐπορεύετο », issu du verbe grec « poreuô ». Jean Radermakers propose de le traduire par « allait » et Anne Pénicaud par le néologisme « routait ». D'après le dictionnaire Bailly, traduire par « marcher » voire « traverser » conviendrait également. Le verbe « poreuô » à la voix moyenne (« poreuomai ») évoque, dans les différentes acceptions rassemblées par le Bailly, une longue marche, une traversée, et donc le fait de franchir de grands espaces avec une certaine visée, autrement dit de voyager (autre acception retenue par le Bailly). Le terme « router » a le mérite, dans une oreille habituée au français, de pouvoir évoquer un peu tout cela à la fois : une aventure engagée avec ses surprises et ses retournements, dont le suspense ne cesse qu'avec son accomplissement. Et encore. Le tout, sans oublier toutefois les différentes acceptions de « poreuomai » évoquées à l'instant.

La seconde remarque vise le segment de texte 1c et le terme « μαθηταὶ », souvent rendu par « disciples ». Il s'agit du pluriel du grec « mathètès », qu'il est proposé ici de traduire par « apprenant ». Nous tenons cette traduction également de Anne Pénicaud. Le terme semble de fait dériver du verbe « manthanô » qui signifie « apprendre », dans la première grande acception proposée par le Bailly. Ainsi, dire des disciples qu'ils sont des « apprenants » rappelle au lecteur qu'ils ne se contentent pas de jouer des seconds rôles en se calfeutrant dans la position de récepteurs passifs. Ils occupent plutôt, en principe du moins, la posture très active qui consiste à accueillir, par un mouvement de profonde appropriation, l'enseignement de celui qu'ils suivent. Envisager ce terme ainsi permet au passage un joli clin d'œil : « apprenant » est régulièrement utilisé dans d'autres champs de pensée qui n'ont rien à avoir avec le paysage évangélique. L'on songe ici, exemple parmi d'autres, à la formation d'adultes, où « apprenant » désigne une posture d'apprentissage particulièrement dynamique et interactive, laquelle s'écarte largement des pratiques scolaires plus surplombantes encore trop souvent en vigueur.

Ainsi précisés, ces deux termes seront désormais employés en priorité dans la suite de la lecture. Quant au lecteur, avec ces deux remarques dans sa besace, le voici invité à se rendre apprenant et à router en compagnie… du texte.

Une proposition de séquençage

Un regard sur les figures somatiques incite à proposer un séquençage en deux scènes : 24,1-2, d'un côté, l'ensemble de tout le reste du texte, de l'autre. Pourquoi un séquençage si inégal ? Un effet textuel saute aux yeux du lecteur : figurativement, une rupture nette, un hiatus particulièrement tranché sépare et distingue les deux moments et les deux espaces où se retrouve Jésus. Ceux-ci diffèrent du tout au tout. La première scène voit ce dernier sortir du Temple et « router ». La seconde le situe indiscutablement plus tard, au Mont des Oliviers, et le montre assis. Des verbes à l'imparfait (« routait », « était assis ») soulignent l’aspect duratif de chacune des deux scènes mais, paradoxalement, aucune figure, et en particulier aucune figure de temps ne marque la transition de l’une à l’autre. On ne voit, par exemple, jamais Jésus arriver à destination après qu'il eût quitté le Temple ; on le voit en train de router, puis on le retrouve immédiatement assis, mais sans que soient décrits aucun des mouvements qui, en toute logique, permettraient de passer d'un état à l'autre. Le cinéma contemporain est assez friand de ce type de transition qui incite le spectateur à construire par lui-même le passage entre deux scènes que rien ne semble relier.

Quelques observations

Un basculement et une ouverture

Un même acteur principal occupe le devant de chacune de ces deux scènes : Jésus ; et un même autre acteur, second mais absolument pas secondaire pour autant, l’accompagne à travers le passage de l’une à l’autre : ses apprenants. Ceux-ci ont de la suite dans les idées : des préoccupations et des questions les agitent et reviennent de façon insistante, d'une scène à l'autre, probablement déclenchées par le positionnement ou le mouvement de Jésus ; celui-ci prend chaque prise de position de ses apprenants très au sérieux et en profite pour les éclairer en retour, en deux étapes successives, par une parole puis par un discours puissants.

Sur le fond de cette ligne de sens, un premier contraste net oppose les deux scènes : Jésus y occupe des postures pour ainsi dire contraires. D'un côté il est « sortant loin du Temple » et il route. Un mouvement est lancé, à partir d'un lieu qui est quitté, mouvement qui ne semble plus devoir s'arrêter et qui l'en distancie inexorablement. De l'autre côté, il est assis sur le Mont des Oliviers, comme disposé à y demeurer et à y parler longuement. Le passage brutal d'une scène à l'autre tisse paradoxalement la profonde cohérence entre deux postures à première vue incompatibles : sortir, router et aller de l'avant, d'un côté ; être assis et parler, de l'autre, représentent pour Jésus les deux faces d'une même pièce. Au lecteur de retrouver cette cohérence. La suite de la lecture l'y aidera.

En écho à ce premier contraste, une grande dissymétrie oppose la scène de la sortie du Temple à celle du Mont des Oliviers : leurs ampleurs textuelles apparaissent visuellement extrêmement inégales, comme il a été dit. Dans la seconde scène, Jésus y prend très longuement la parole : l'effet de basculement est maximal entre le départ du Temple et l'arrêt sur le Mont des Oliviers, lointain écho au Mont des Béatitudes. Dans le Temple il ne peut en effet plus parler, la Parole y rencontre de sévères obstacles, quasiment insurmontables, comme emprisonnée entre les quatre murs du bâtiment. Au Mont des Oliviers, à l'inverse, comme sur la « montagne » des chapitres 5-7, Jésus se trouve hors du Temple, dans un espace grand ouvert où sa Parole ne trouve pas de limite spatiale à sa diffusion. La dissymétrie des deux scènes trouve là une raison d'être : à la restriction succède l'étendue[6], à l'empêchement de parler succède la décision de tourner une page et de retrouver la liberté du grand large, une aisance que plus rien n'entrave.

Le lieu du nouveau Temple

Or Jésus avait fait du Temple le sommet de son parcours d’enseignement, soucieux d’y faire résonner cette Parole de Dieu si bénéfique pour la vie des humains : le Temple ne représentait-il pas précisément l’endroit idéal pour cela, que Dieu lui-même nomme « ma maison » ? Le Temple se voulait également être le signe de Sa présence, lieu ouvert à tous pour Le trouver. Mais il n'est plus possible de l'y rencontrer, les scribes et les Pharisiens en ont confisqué l'accès (23,13) par leur loi qui a perdu toute son inspiration divine. Quant à la Parole, elle n'y est pas reconnue lorsqu'elle sort de la bouche de Jésus, son enseignement se trouvant désormais rejeté. Le lieu de la rencontre avec Dieu par la médiation de la Parole devient ainsi un lieu d'exclusion et de fermeture. À partir de là, le Temple n’a plus de raison d’être : autant le quitter et aller là où se trouvent des oreilles pour entendre. Le Mont des Oliviers, avec son humble manière de représenter également une certaine « hauteur », à ce moment-là, figure le lieu du nouveau Temple : là où Jésus parle se trouve désormais le lieu où la Parole se laisse entendre et où Dieu se laisse rencontrer. C'est ainsi que commence à se dessiner le « déclic de sens » pour le lecteur que l'on évoquait un peu plus haut : une rupture brutale est consommée, les digues s'ouvrent et la Parole se met à se déverser sans plus aucune restriction, mais non sans avoir commencé par se faire entendre là où elle aurait dû être accueillie en premier. Ou encore, Dieu lui-même manifeste son immense proximité et sa permanente disponibilité, sans limitation d'espace, mais non sans avoir commencé par se laisser approcher dans des lieux spécialement dédiés à sa rencontre avec les humains.

Une qualité de parole très spéciale

Ce nouveau Temple se reconnaît désormais non plus à la beauté de pierres harmonieusement disposées mais à la qualité d’une parole particulière que Jésus ne cesse de faire résonner. Lorsqu'il était au Temple, Jésus parlait déjà la Parole[7] sur le mode d'un langage divin : celui de la parabole. Ce langage accompagne de nouveau une grande partie des chapitres 24-25, écho et accomplissement de ce qui se passait dans le Temple.

Mais cette parole se reconnaît également à la liberté qui la sous-tend. Celui qui la prononce s'est rendu libre de toute forme d'attachement et, au nom de la Parole, n'a pas hésité à quitter ce qui représentait pourtant son port d'attache dédié. La manière particulièrement laconique qu'emploie le texte pour évoquer sa motivation à quitter le Temple exprime à merveille une décision prise en dehors de toute forme d'interférence ou de pression, dans la simple lucidité de ce qui est en train de se jouer autour de lui et pour lui. De la sorte, le nouveau Temple qu'il incarne désormais préfigure l'accomplissement du sujet humain, de tout sujet humain, appelé à cette même liberté et à ce même détachement, à la fois pour entendre et pour faire entendre la Parole. Or il se pourrait que, précisément, le discours apocalyptique, qui côtoie le discours parabolique en Mt 24-25, soit celui qui se prête le mieux à une parole aussi libre. La suite de la lecture permettra de le montrer.

La « structure de sens » qui se donne ainsi à lire et qui organise la « forme du texte » tient alors en cette formule ramassée et percutante : la liberté d'un sujet qui sait se détacher de tout lieu où sa parole risque de se stériliser fonde la posture, l'assise, d'une parole par laquelle il se manifeste nouveau Temple, nouveau lieu de la Parole, signe de la présence et de la disponibilité sans limite de Dieu dans ce monde.

Une parole et des oreilles pour l'entendre

Sur la ligne de sens dégagée plus haut reliant les deux scènes (une posture de Jésus, provoquant un positionnement des apprenants, conduisant à son tour à une prise au sérieux de ce positionnement par Jésus et une réponse de sa part) un second contraste fort émerge : il concerne cette fois les apprenants. Il ne se voit pas si facilement au premier regard, puisque les deux scènes décrivent conjointement ceux-ci « venir-auprès » de Jésus (« ...προσῆλθον οἱ μαθηταὶ »). L'écart se repère pourtant très vite : si en 1c ils ne font que « venir-auprès », en 3b, ils « viennent-auprès de lui à l'écart » (« ...προσῆλθον αὐτῷ οἱ μαθηταὶ κατí ἰδίαν »). Plus encore, alors que, dans la première scène, ils se contentent de montrer quelque chose à Jésus (sans parole explicitée), dans la seconde, ils parlent cette fois ouvertement pour l'interroger sur des réalités d'un tout autre niveau. Une connivence étroite s'esquisse entre la posture de Jésus et le cheminement opéré par les apprenants. Elle témoigne de ce qu'il ne saurait y avoir de Parole sans des oreilles pour l'entendre, oreilles que la Parole elle-même contribue néanmoins à ouvrir, dans un jeu complexe de réactions et de réponses[8] : il ne saurait manquer d'oreilles pour entendre la Parole parce que la Parole elle-même les fait advenir. Et si des oreilles ne s'ouvrent pas quelque part, elles s'ouvriront ailleurs. Et le fait qu'elles s'ouvrent ailleurs pourrait bien constituer un moyen détourné de les faire s'ouvrir là où elles ne s'ouvraient pas.

Lecture

Enseigner dans le mouvement

Après donc avoir noté le déplacement impressionnant que le texte fait déjà faire à la figure du Temple, un retour sur l’étrange hiatus entre les deux scènes inégales qui structurent Mt 24-25 s'impose. Ce hiatus consiste en un basculement brutal et sans préavis entre deux positions : d'une part, une décision de sortir qu'accompagne un mouvement (router) et, d'autre part, la position stable et déterminée de qui a trouvé son « lieu », son emplacement, son socle. Le lecteur a de quoi s'en trouver décontenancé. En lui proposant d’accepter de se laisser dérouter par ce qui se manifeste là, le texte l'incite en même temps à en déduire des pistes de sens possibles, auxquelles il n'aurait sans doute pas spontanément pensé. En voici trois.

La première : puisque Jésus n'est jamais figuré en train de parvenir et de s’arrêter au Mont des Oliviers, puisqu'il passe sans transition du Temple à ce nouveau lieu de la Parole, c'est donc que, lorsqu'il se retrouve assis sur le Mont des Oliviers, il demeure néanmoins comme toujours entraîné dans l’élan de la sortie du Temple et du « faire route ». Cela pourrait s'appeler « enseigner dans le mouvement ». De fait, les enseignants les plus passionnés n'expriment-ils pas, par les divers mouvements de leur corps, à quel point ce qui les habite les fait vivre ?

La Parole s'est mise en route

À plus forte raison en est-il ainsi pour Jésus. Il demeure en lui-même continuellement en mouvement et cela même se perçoit lorsqu'il ouvre la bouche. Voilà ce que la forme du texte mettrait ainsi en lumière pour le lecteur. En figurant Jésus assis, il suggère que, là où il se trouve désormais, se fait entendre la Parole de Dieu. En figurant simultanément ce même Jésus sorti du Temple et s’étant mis à router, il donne à voir que c’est le jeu même de s’être mis en route, dans un élan de liberté, qui le porte ainsi à enseigner ce qu’il va enseigner maintenant, au point de mettre à leur tour, résolument, ses auditeurs en mouvement. Une façon de dire que la Parole s'est mise elle-même en route, que rien ne peut l'emprisonner et qu'elle transpire en permanence de ce mouvement, de cette impulsion de vie. Voilà qui donne à la parole de Jésus une nouveauté, une portée unique, à nulle autre pareille.

La Parole comme fondement

Voici la deuxième piste : puisque le mouvement qui porte Jésus à quitter le Temple et à router aboutit à cette posture assise à partir de laquelle il se met à parler au large, cela signifie que la Parole, en tant que mouvement et provoquant le mouvement représente cette assise du sujet parlant, ce fondement du monde à partir desquels tout le reste peut tenir. Ou encore, Jésus trouve son assise et son accomplissement dans cette posture d'enseignement par laquelle il permet à la Parole de se déployer largement et d'irriguer l'existence humaine en lui imprimant le mouvement de liberté qui porte continuellement la Parole. Celle-ci devient alors le fondement de l'existence de chacun en tant que sujet de la parole.

La Parole vient de nulle part

Ces deux premières pistes déploient l'articulation qui relie les deux scènes, chacune arc-boutée à une posture très particulière de Jésus : les deux postures s'épaulent mutuellement et se déploient sans contradiction. La troisième piste, quant à elle, sonde l'articulation elle-même entre les deux scènes : puisque rien n'est décrit de ce qui fait passer de l'une à l'autre, c'est qu'il est important de maintenir un silence respectueux autour de l'émergence de cette Parole comme mouvement de vie.

Or, cela même signifie concrètement que la Parole n'a pas de cause. Elle vient de nulle part, si l'on veut bien considérer derrière ce « nulle part » une source dont la qualité première est d'être inaccessible. Ce qui ne signifie pas distante, puisque la parole de Jésus lui permet de couler à pleins flots. Simplement, elle ne provient d'aucun endroit assignable, elle déborde de tous les programmes établis, elle s'invente et s'improvise continuellement et ne peut donc pas être circonscrite ni assignée à résidence, cette résidence fût-elle le Temple de Jérusalem. Le mouvement de liberté qui la caractérise en est le fondement, l'impulsion ; elle ne se revendique pas d'une cause au sens d'une explication ou d'une raison logique qui permettrait d'en comprendre l'advenue. En cela s'appréhende l'articulation très spéciale entre les deux postures de Jésus, c'est-à-dire entre les deux scènes du texte : le passage de l'une à l'autre ne supporte aucune lumière ; aucune explication ne peut en rendre compte[9]. Du fait même que la Parole est mouvement, elle surgit par surprise et par inattendu. Sa vocation est effectivement d'être enseignée, mais son enseignement même reflète sa nature profonde et provoque la même mise en mouvement chez ceux qui lui prêtent leur oreille.

Le nouveau lieu du Nouveau Temple

Cette double posture ainsi articulée autour d'un hiatus insondable et pourtant si aisément franchissable provoque un basculement profond de portée historique. Désormais, en tout lieu où un auditeur se met à l'écoute attentive de la Parole, frappé par la force de son mouvement libre que rien n'arrête, à tout moment où un lecteur se trouve atteint par cette Parole indomptable qui ne cesse jamais de router et de surprendre, le Temple est là. Celui-ci advient ainsi à la fois partout et à tout instant, et plus seulement à Jérusalem en ce temps-là.

Voilà qui permet de reconnaître, à tout auditeur attentionné de/par la Parole, un statut de Temple vivant : c'est-à-dire le statut d'un Temple en continuelle édification, puisque la Parole ne se pose nulle part et ne cesse de modeler le sujet humain sa vie durant. Le renversement opéré par Jésus (il est le Nouveau Temple par excellence, celui par lequel tout nouveau temple s'édifie) se propage ainsi jusqu’à chaque lecteur, nouveau lieu qui irrigue et modèle le paysage humain qui l'entoure.

Le sujet de la Parole comme signe de Dieu

La rupture est phénoménale : elle représente celle d’un sujet humain qui assume pleinement son être-au-monde né d'un hiatus insondable, espace dédié à une Parole en perpétuel voyage, caisse de résonance de la Parole de Dieu. Jésus en montre dans son être même de parole l’accomplissement, mais tout sujet est appelé à advenir de même. Dès qu'il sort de lui-même, quitte des attachements anciens et se met en mouvement ; dès que, franchissant le hiatus d'une liberté émergente, il cesse de s'accrocher à une logique de cause et laisse advenir la nouveauté dans sa parole ; dès que, ancré dans ce mouvement il se retrouve, posé, à entendre et dire à son tour la Parole ; dès que, percevant ce basculement en lui, il se reconnaît lieu d'émergence de cette Parole et s'en émerveille ; dès qu'il s’autorise un libre pas de côté dans son jeu interprétatif pour rendre compte des ruptures de scènes et de sens qui émaillent sa vie… en tout cela, tout lecteur devient lui-même ce sujet advenant. Il assume une lecture hors catégorie qui sort des sentiers battus, il se met au diapason d'une Parole qui a la bougeotte et qui le fait sortir pour router. En somme, il devient un signe.

Dans le monde de l'adolescent

L'adolescence : partir en voyage vers la Parole

Entrer dans l'adolescence implique d'apprendre à quitter des espaces où l'on a vécu. Ces espaces, un temps, ont porté et nourri celui ou celle qui s'apprête à partir, mais c'était pour, un jour, se mettre en route sans retour possible. Car l’être humain, et donc particulièrement l'adolescent, est destiné à franchir des abîmes s'il aspire à se retrouver sur ses vraies terres d'assise. Dans son lieu d'origine, des paroles y ont été entendues, des enseignements reçus, une certaine Parole a pu circuler et commencer à faire advenir un sujet humain. Mais, pour beaucoup de jeunes, il n’est souvent pas si facile d’y faire à son tour entendre une parole propre[10], parole nouvelle qui souvent dérange, déconcerte, déstabilise des adultes lorsque ceux-ci ne sont pas préparés à l'accueillir. Dans bien des cas malheureux, ces lieux natifs représentaient fidèlement le Temple de Jérusalem, espaces dédiés à la parole vivante (comme le sont les familles, les écoles, les quartiers), mais qui ont fini par se stériliser, par devenir suffisamment étouffants pour ressembler davantage à des « assignations à résidence » qu'à des planches d'appel en vue de la vie.

Il faut alors sortir, router, trouver d'autres endroits où de la Parole puisse se dire et se faire entendre[11]. C'est à l’adolescence que s'opère progressivement cette prise de conscience salutaire et fondatrice selon laquelle de la parole, traversée par une Parole autre, peut surgir en soi et à partir de soi. C'est également à l'adolescence que se réveille avec une acuité et une urgence nouvelles ce qui était déjà là mais s'était assoupi durant le temps de latence : la quête impérative, irrépressible (au prix d'abîmes à franchir, de ruptures à vivre), de lieux où la parole propre et unique de chacun puisse se faire reconnaître et être accueillie comme telle. L'on peut y lire la marque de la Parole. Comme il en était pour Jésus lorsqu'il parlait dans le Temple, il faut que ce qu'il y a d'inouï[12], de jamais encore entendu, d'immensément dérangeant et de perpétuellement surprenant, dans l'irréductible altérité d'une parole nouvelle, puisse jaillir du plus profond pour être porté au jour. Dans le cas de Jésus, il s'agit d'une Parole que l'on dit être de Dieu pour en exprimer la capacité à procurer le goût de la vie.

À la recherche du lieu où l'on sera entendu

Seulement voilà, partir en voyage, prendre le risque de l'aventure en quête de sa propre parole n'est pas chose aisée pour l'adolescent ou l'adolescente, pas plus de nos jours que par le passé. L'advenue des réseaux sociaux pourrait laisser penser le contraire : il n'a jamais été aussi facile de dire ce que l'on veut, quand on le veut, à qui on le veut. Et pourtant, cela ne rend pas les jeunes plus heureux ni ne soigne la détresse profonde que beaucoup disent éprouver. De fait, si personne n’est en mesure de reconnaître ce qu’il y a de Parole dans la parole de chacun, à quoi bon parler ? Et, parallèlement, si parler se limite à répéter les mêmes litanies à longueur de temps, colportées de pages en pages sur Facebook, Instagram ou ailleurs, comment parvenir à entendre cette Parole dans la parole de l'autre ?

L’adolescent part donc en quête de ces lieux où sa parole sera entendue pour ce qu’elle est dans sa nouveauté radicale, sans même savoir si de tels lieux existent. Il lance continuellement des perches à droite ou à gauche et sa légendaire provocation n’a peut-être pas d’autre sens que cette désespérée tentative de trouver enfin quelqu’un qui entende ce qu’il a d’unique à dire et le lui révèle, tant lui-même est dans l’incapacité de le deviner[13]. Car la Parole est autre chose que quelque chose à communiquer. Elle est la circulation même de la vie, dans son infinie et perpétuelle nouveauté. Il reste que cette mise en mouvement est sa chance : demeurer sur place est sa mort assurée.

Un opaque et mystérieux changement de régime

En fait, entreprendre de voyager avec l'espoir de nouveaux horizons demeure sujet à toutes les chances comme à toutes les déconvenues. Les périls que comporte toute aventure sont nombreux dans la quête de la parole propre, et le jugement téméraire, tel qu'il en a été question dans l'article précédent, en est l'un des plus sérieux. À tout moment, tout peut basculer d'un côté comme de l'autre, l'adolescent peut voir s'ouvrir des portes comme se dresser des murs infranchissables. La lutte est rude pour trouver son chemin et bien malin serait celui qui pourrait dire à l'avance de quel côté penchera l'aiguille de la balance.

À bien regarder, cette sorte de tunnel ou de trou noir dans lequel l'adolescent est tenu de passer pour trouver sa parole, où rien ne se contrôle ni ne se prévoit, ressemble à s'y méprendre au changement brutal de scène qui a été lu plus haut. Un jeune se lance dans son voyage de l'adolescence, on le voit se débattre, mais l'on ne discerne strictement rien de ce qui se déconstruit et se reconstruit à l'intérieur. Et voici que, un beau jour, on le retrouve en mesure de parler, d'assumer une parole propre qui ne ressemble à aucune autre. Impossible de retrouver le chemin par lequel il est passé, cela restera irrémédiablement de l'ordre du mystère. Il est devenu cet homme, cette femme, posant sereinement une parole elle-même traversée et marquée par le mouvement impétueux de la vie qui les a emportés : à la fois en route et assis, saisis par l'irrépressible rythme de l'altérité et assurés en eux-mêmes de reposer sur le roc de la Parole. Il s'agit bien d'un changement de scène : on a vu le départ, on découvre le point d'arrivée, l'on ne sait absolument pas comment il a été possible de passer de l'un à l'autre, mais il est sûr que le passage s'est fait[14], que le mouvement de quitter en a été le moteur, et la parole qui en sort soudain illumine tous ceux qui l'écoutent, nouveau Temple de la Parole.

Du côté de la psychologie de l'adolescent

Le psychiatre et psychanalyste belge Philippe van Meerbeeck écrit ceci dans son ouvrage Dieu est-il inconscient ? L'adolescent et la question de Dieu[15] :

Pour comprendre cet enjeu, il est utile de relire l'histoire de l'arbre de la connaissance. Le fruit de cet arbre est interdit à Adam et ce, avant l'arrivée d'Ève. C'est le premier interdit dans la genèse : l'interdit du cannibalisme. En empêchant de manger le fruit de l'arbre de la connaissance, Dieu pose, entre les deux premiers humains, la loi fondamentale pour que la parole soit possible : ne pas manger l'autre.

Le petit d'homme renonce à téter, avec souvent des sentiments de manger le sein, au moment où il commence à prononcer ses premiers phonèmes. L'adolescent est celui qui se met à parler en son nom propre !

Dans la clinique de la psychiatrie juvénile, on rencontre des ados délirants qui nous montrent comment un esprit humain peut en manger un autre, en le faisant disparaître à l'intérieur de soi. Marie Balmary utilise, pour décrire cette dévoration, une formule frappante : le meurtre d'une âme. Ce meurtre de soi est invisible. Celui qui n'a pas été reconnu comme autre se trouve mangé en tant qu'être parlant.

Les échos avec ce que la présente lecture a déployé sont frappants. Or l'auteur fait plonger son lecteur informé de psychologie et de psychiatrie, non sans étonnement de la part de ce dernier, dans un langage qui n'a rien à voir avec les discours psychiatriques ou psychanalytiques plus classiques que l'on s'attendrait à trouver sous sa plume. Plus surprenants encore les liens qu'il n'hésite pas à établir avec le texte biblique. La lecture en est, certes, un peu sommaire, mais elle présente la vertu de poser la place de la parole en lien direct avec la vie de l'autre. Pour qu'il y ait parole, l'autre ne doit pas être dévoré : c'est ainsi que Ph. Van Meerbeeck interprète l'interdit originel posé par Dieu. Il n'est pas très difficile de comprendre dans ce passage que dévorer l'autre revient, métaphoriquement, à dénier voire dissoudre son originalité, ce qu'il est en lui-même et qui le rend irréductible à qui que ce soit d'autre. Ce qui fait une personne, vue ainsi, n'est autre que sa parole. L'auteur le confirme lui-même : « L'adolescent est celui qui se met à parler en son nom propre ».

Or ne pas se trouver ainsi anéanti par la dévoration de l'autre, dit l'auteur, représente la condition sine qua non pour qu'une parole soit possible. Ce point est aisé à comprendre dès le moment où l'on voit combien la parole suppose un minimum de distance et de séparation, donc de distinction entre les personnes qui se parlent. Mais l'on pourrait envisager la réciproque : la parole représente aussi bien la condition sine qua non pour ne pas être dévoré. « Celui qui n'a pas été reconnu comme autre se trouve mangé en tant qu'être parlant », ajoute l'auteur. Précisément, comment reconnaît-on quelqu'un si ce n'est par la parole ? Et une personne advenue à sa parole propre et unique peut-elle être mangée et anéantie ? En lien avec l'article précédent autour de Mt 21-26 qui évoquait la force indestructible de la Parole, en regardant la manière par laquelle Jésus fait de son anéantissement même la source de cette Parole que rien n'arrête, on se prend à voir vraiment l'adolescence comme une aventure de la parole, absolument fondatrice pour la vie humaine[16].

Ouverture

Tout ce qui vient d'être déployé a laissé de côté, faute de place, l'incontournable volet de l'entendre, celui des oreilles qui s'ouvrent à l'écoute de la Parole, tant du côté des apprenants que du côté des adolescents. Pour qui désire aller plus loin dans la lecture de cette première approche (en focale F1) de Mt 24-25 et entrer plus avant dans le mystère de l'entendre, l'on peut renvoyer au chapitre 4 (§5) de Mes paroles ne passeront pas, Tome 1, Le Temple de l'Inattendu[17]. En attendant le prochain épisode de la présente recherche où de nouvelles surprises attendent les lecteurs de ces deux étonnants chapitres de l'Évangile selon Matthieu...


[1]    Voir Sémiotique et Bible n° 192, mars 2026, disponible sous https://bible-lecture.org/semiotique-et-bible-n192/.

[2]    À la manière d'une belle surprise d'altérité, l'auteur souhaite remercier vivement Philippe Monot et Stéphanie Caët pour leur relecture fine de ces deux premiers articles et pour leurs remarques et interpellations stimulantes.

[3]    Voir Anne Pénicaud, La lecture, chemin d’alliance. Des Philippiens d’hier à ceux d’aujourd’hui, Les Éditions du Cerf, Coll. Lectio Divina n°272, Paris, 2018.

[4]    Ces trois chapitres commencent, on s'en souvient, par les étonnantes paroles des Béatitudes. Il a déjà été suggéré que l’écho entre ces deux passages pourrait constituer une clé de lecture majeure de l'ensemble de l'évangile matthéen.

[5]    Le texte est présenté de façon assez spécifique : chaque ligne correspond à une scène figurative unique, et chaque décrochage ou alinéa représente ce que la sémiotique désigne par le terme « débrayage », que celui-ci soit énonciatif (l'élan par lequel une parole est exprimée ou entendue) ou relève d'une opération mentale (voir, montrer, penser…).

[6]    Cela peut se dire de la Parole que Jésus donne à entendre aussi bien que du texte lui-même dans la dissymétrie du séquençage. Une belle illustration de la manière dont la « géographie » du texte reflète fidèlement le fonctionnement de la Parole qui s'y donne à voir, ou dont la « forme » du texte peut impacter puissamment le lecteur qui « visualise » soudain ce qu'il lit.

[7]    Cette expression empruntée à Jean Delorme à qui nous rendons hommage au passage. Elle provient de sa traduction si juste et judicieuse de Mc 2,2 « … et il leur parlait la parole » (« ...καὶ ἐλάλει αὐτοῖς τὸν λόγον »).

[8]    Ce point passionnant ne sera pas approfondi dans le présent article, ni du côté de la lecture de Mt 24-25 ni du côté de l'adolescence, faute de place, mais se trouve développé dans le tome 1 de l'ouvrage publié en parallèle sur le site de Bible & Lecture (Voir : https://bible-lecture.org/mt-24-25-document-chapeau/).

[9]    À bien y regarder, c'est à cela même que se reconnaît la liberté d'un sujet : aucune cause n'est en mesure de le déterminer.

[10]   Et il n'est pas rare d'entendre un adolescent raconter les difficultés qu'il éprouve à se faire entendre chez lui. Nous pensons ce phénomène finalement assez normal, bien qu'il représente un vrai défi pour les jeunes.

[11]   Bien des mouvements de jeunesse et les expériences qu'ils font vivre aux jeunes via des week-ends, des camps, des séjours divers, ont précisément pour fonction de proposer à ces jeunes des espaces de parole inédits où ils pourront s'essayer à faire advenir la leur.

[12]   Au sens que François Jullien, notamment, donne à ce terme.

[13]   C'est tout à fait dans cet esprit qu'a été écrit cet ouvrage à la fois pratique et très inspirant de Adele Faber et Elaine Mazlich, Parler pour que les ados écoutent, écouter pour que les ados parlent, aux Editions du Phare pour la traduction française, Cap-Paul (Canada), 2014.

[14]   Tout en n'oubliant jamais que, justement, ce passage ne se fait parfois pas. Mal soutenus par leur environnement pour de multiples raisons, bien des adolescents ne trouvent pas la porte de sortie vers le plein jour et décident d'arrêter là leur voyage.

[15]   De Boeck, Bruxelles, 2012. Conclusion, p. 5-6/12 dans l'édition numérique.

[16]   Ce qu'à notre avis des grands éducateurs chrétiens comme Marcellin Champagnat, Jean Bosco et tant d'autres avaient fondamentalement compris.

[17]   Disponible sur le site de Bible et Lecture sous https://bible-lecture.org/mt-24-25-document-chapeau/.